Méditation sur l’Évangile du dimanche

29 mai 2022 : Jn 17,20-26

Lien vers les lectures de la Messe

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. »

          Le Père et le Fils sont UN, éternellement un, unis de l’unité la plus parfaite. Tout don l’un envers l’autre, le Fils reçoit tout du Père, et lui re-donne tout en retour, dans un parfait mouvement d’action de grâce. Leur amour est si fort, si total, qu’il est une personne divine : l’Esprit Saint, le don de Dieu, le don qu’est Dieu, Dieu lui-même.

          Mais Jésus est aussi, par son incarnation et sa mort, “celui qui a distendu son existence au point d’être à la fois plongé en Dieu et plongé dans l’abîme de la créature abandonnée de Dieu”. Aussi est-il “nécessairement écartelé, il est réellement crucifié. Mais cet écartèlement est identique à l’amour : il en est la réalisation jusqu’au bout (Jn 13, 1)” (J. Ratzinger).

          Que devient donc l’Esprit Saint – l’Amour – lorsque Jésus assume notre condition humaine et s’anéantit, “prenant notre condition d’esclave” (Ph 2,7) ? Que devient-il lorsque Jésus “s’identifie au péché” (2Co 5,21) et porte en sa chair la séparation d’avec Dieu ? Que devient-il lorsque le Père lui-même ne tient pas, ne retient pas son Fils, lorsqu’il le livre et donne, lorsqu’il nous le donne, nous l’abandonne ? “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?” (Mt 27,46)

          Si le don, l’amour, entre Jésus et son Père se vit sous la forme de l’abandon, il nous faut percevoir obscurément que l’Esprit, à son tour, est comme dépossédé de lui-même – dépossédé en lui-même – au plus haut point. Lorsque Jésus descend au plus loin de Dieu pour venir chercher l’homme perdu, l’Esprit Saint, ainsi écartelé entre le Père et le Fils, entre le Ciel et la terre, s’étend, se distend entre ces deux extrêmes, et ainsi il remplit et enveloppe tout. Aussi pouvons-nous dorénavant chanter en vérité “ton amour emplit la terre” : oui, il emplit tout l’univers, jusqu’au fond de l’enfer. En tout lieu, même le plus loin de Dieu, l’Amour s’étend et demeure.

          La réalisation jusqu’au bout de l’amour est ainsi un écartèlement : un amour si fort que nul ne peut le briser, mais seulement le distendre. C’est pourquoi, lorsque Jésus nous appelle à vivre de cette même unité qu’il vit avec son Père, nous comprenons qu’à notre tour, nous devons oser aimer comme il a aimé : d’un amour que rien ne brise, d’un amour si étendu que jamais nous ne voudrons être séparés de nos frères. Aussi loin qu’il nous faille aller, acceptons cet écartèlement…

          Ouvrons donc nos cœurs et nos bras en signe d’amour, comme Jésus en Croix.

Version pdf : « Que tous soient un »

Retrouver les méditations précédentes :

22 mai 2022, Jn 14, 23-19 : “Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie”

15 mai 2022, Jn 13, 31-33a.34-35 : « Felix culpa »

8 mai 2022, Jn 10,27-30 : « Dans sa main »

1er mai 2022, Jn 21,1-19 : « Là où tu ne voudrais pas aller »

Pâques 2022 : « Ouverture »